Harcèlement de rue : article avec interview de plusieurs féministes dont la présidente d’Osez le féminisme Suisse

Notre présidente a été interviewée avec plusieurs féministes pour un article autour du thème du harcèlement de rue et du harcèlement dans les transports. L’article est transmis en intégralité ci‑dessous :

« Lorsque la drague se fait trop lourde

Crocodiles 1

(illustration : Thomas Mathieu)

Fréquemment pointé du doigt ces dernières années en France et en Belgique, le harcèlement de rue n’épargne pas notre pays. Alors que féministes et sociologues décryptent le phénomène, des femmes témoignent de leurs expériences.

Tentatives de séduction en milieu urbain. Tel est le sous-titre, 100% ironique, du blog participatif Paye Ta Shnek (ndlr: nous vous laissons le soin de chercher vous-même la définition, un rien vulgaire, de cette expression…) qui recense commentaires, invectives et injures dont sont abreuvées chaque jour des femmes sur les pavés français. Parfois violentes, souvent obscènes et volontiers dégradantes, ces petites phrases ne sont que l’une des nombreuses manifestations du harcèlement de rue.

Du sifflement appréciatif à la remarque déplacée, de la main collée aux fesses dans un bus bondé au regard appuyé sur un décolleté, de l’insistance pour obtenir un numéro de portable à la filature dans une ruelle sombre et isolée, les témoignages sont variés. «Lors des rencontres organisées dans le cadre de notre association, nous nous rendons compte que la majorité des femmes ont vécu une fois ou l’autre ce genre de situations, relève Anouchka Kuhni, présidente d’Osez le féminisme Suisse. Le phénomène est loin d’être isolé.»

Anouchka KuhniAnouchka Kuhni, présidente d’Osez le féminisme Suisse

Difficile pourtant de le quantifier, les cas faisant rarement l’objet de plaintes ou de procédures pénales. Aucune enquête officielle n’a par ailleurs été menée récemment dans notre pays. En revanche, les sondages effectués en Angleterre, en Inde ou même à l’international, affichent des résultats significatifs: 43% des Londoniennes, 95% des habitantes de New Delhi et, plus généralement, 84% des femmes à travers le monde souffriraient de harcèlement de rue. Les récits recueillis dans le cadre de cet article (lire ci-contre) montrent que la Suisse n’est pas épargnée.

Crocodiles 2(illustration: Thomas Mathieu)

Certes, pour reprendre l’expression d’un politicien français au lendemain de l’affaire DSK du Sofitel, on pourrait arguer qu’il n’y a pas mort d’homme. La drague lourde – voire très lourde – en milieu urbain a toujours existé. Pourquoi s’en émouvoir maintenant, à grand renfort de campagnes de prévention, notamment en France, et de films en caméra cachée illustrant et dénonçant la problématique?

«Bien sûr, même si le terme de harcèlement de rue est récent, le phénomène, lui, ne l’est pas, souligne Marylène Lieber, sociologue à l’Université de Genève et spécialiste de la violence genrée dans l’espace public. Mais il a longtemps été banalisé, et il l’est encore trop souvent aujourd’hui.» Même son de cloche chez Anouchka Kuhni qui évoque même un certain fatalisme, de nombreuses femmes estimant que «les hommes sont ainsi, on ne les changera pas».

Ce qui était acceptable autrefois ne l’est plus aujourd’hui

Malgré tout, «le seuil de tolérance baisse», explique Coline de Senarclens, membre du comité de Slutwalk Suisse, ou marche des salopes, l’association luttant contre la culture du viol et la culpabilisation des femmes. «Ce qui était considéré comme normal il y a vingt, trente, quarante ans ne l’est plus aujourd’hui.» Et Marylène Lieber de renchérir:

« De nos jours, les jeunes filles sont élevées dans l’idée qu’elles sont les égales des hommes et qu’elles peuvent disposer librement de leur corps. Or, le harcèlement de rue va à l’encontre de cette nouvelle mentalité. D’où l’accentuation du ras-le-bol, des revendications.» »

Quant à la gravité des sifflements, remarques, gestes et autres abus, certes, elle n’équivaut peut-être pas à celle liée à un viol, mais «la situation peut facilement dégénérer, confirme Anouchka Kuhni. En soi, un commentaire sexiste ne prête pas à conséquence, mais il sera peut-être suivi d’une tentative d’attouchement, voire d’une agression.» Confirmation de Coline de Senarclens: «Tout cela contribue à créer un climat d’insécurité pour les femmes. Par ailleurs, le harcèlement les exclut de l’espace public: on leur fait comprendre qu’elles n’y sont pas à leur place – un problème également rencontré par la communauté LGBT (ndlr: lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres) – ou alors que leur existence est conditionnée par le fait qu’elles plaisent ou non aux hommes.»

Chacune ses astuces pour passer inaperçue…

Crocodiles 3(illustration: Thomas Mathieu)

Egalement membre du comité de Slutwalk Suisse, Alicia Ségui évoque quant à elle les stratégies développées par les femmes pour limiter ce genre de situations. Comme éviter de rentrer trop tard le soir, modifier leur itinéraire, faire semblant de téléphoner, voire adopter une tenue vestimentaire passe-partout.

« Encore une fois, ce sont elles que l’on responsabilise. Comme si le fait de porter une minijupe ou même d’accepter de boire un verre leur ôtait ensuite le droit de dire non… D’autant qu’il n’est pas nécessaire d’être habillée sexy pour se faire aborder dans la rue.» »

Mais au fait, où s’arrête la drague et où commence le harcèlement? «La notion de consentement est essentielle, répond Marylène Lieber. Si la femme indique clairement qu’elle ne veut pas poursuivre l’interaction, qu’elle se montre gênée ou qu’elle ne donne pas des signes d’encouragement, l’homme devrait s’arrêter.»

De son côté, Alicia Ségui reconnaît que si l’entrée en matière est faite de manière respectueuse et laisse aux femmes la possibilité de rejeter l’interaction sans crainte, la frontière peut être difficile à définir: «Cela dépend du ressenti de la femme: dans une même situation, certaines apprécieront d’être remarquées quand d’autres n’aiment tout simplement pas être abordées.» Pour Coline de Senarclens enfin, la drague implique une certaine connivence. «Or, y a-t-il vraiment une possibilité de réciprocité lorsqu’un quinquagénaire aborde une adolescente de 17 ans?»

Une solution à trouver du côté de la prévention?

Pour lutter contre ce phénomène, Marylène Lieber préconise une éducation des jeunes contre le sexisme. Il existe aujourd’hui une réelle confusion sur la notion de consentement. Et les filles doivent comprendre qu’elles peuvent être valorisées autrement que par leur physique.» Pour Alicia Ségui, il est aussi important de s’atteler à la question des témoins:

« Les hommes doivent se désolidariser de ce type de comportements: s’ils assistent à une situation de harcèlement, il faudrait qu’ils interviennent, même s’il s’agit d’un de leurs copains.» »

Quant à Anouchka Kuhni, elle a pris part à une campagne de prévention contre le harcèlement dans les transports en commun menée par la section française d’Osez le féminisme, avec le soutien de la SNCF et de la RATP (ndlr: la régie des transports parisiens). Couronnée de succès, l’action a débouché sur une série de mesures concrètes, comme la possibilité d’envoyer un SMS d’alerte géolocalisé. «On pourrait envisager le même type de campagne en Suisse. S’attaquer à un problème ciblé comme celui-ci est un bon moyen d’engager la lutte contre le phénomène global du harcèlement de rue.»

Trouvés sur le web

Leur lutte contre le harcèlement de rue

Pour dénoncer ce fléau urbain, de nombreuses initiatives personnelles ont été lancées. Comme celle de ce jeune Toulousain dont le statut Facebook a recueilli plus de 100 000 likes en juin dernier. Débutant par ces quelques mots: «Demain je compte mettre un short pour aller au boulot», il y décline ses craintes d’être sifflé dans la rue, de se faire mettre la main aux fesses par «une vieille perverse dans le métro», ou de traverser tout seul le parc pour rentrer chez lui. Tout cela pour conclure: « Demain je mettrai un short pour aller au boulot et il ne m’arrivera rien parce que je suis un homme, tout simplement.» D’une redoutable efficacité!

Dans un autre registre, une élève de terminal a affiché dans les rues de sa ville, Nantes, toutes les remarques sexistes entendues le mois précédent. Enfin, le projet Crocodiles recense, sous forme de petites bandes dessinées, des témoignages de sexisme en tous genres. Les harceleurs y prennent le visage de ces redoutables carnivores…

L’organisation à but non lucratif Hollaback! vise à sensibiliser les populations et mettre un terme au harcèlement de rue. Ils ont filmé, en caméra caché, une femme vêtue de manière banale, qui se promène pendant dix heures dans les rues de New York:

Texte © Migros Magazine – Tania Araman »

Lancement de l’antenne d’Osez le féminisme Suisse

L’antenne suisse d’Osez le féminisme a été lancée hier soir, le 4 novembre, alors que le Forum des ONG Pékin +20 se tient à Genève.

logo - OLF Suisse

Lancer l’antenne d’Osez le féminisme Suisse au moment du Forum des ONG Pékin +20 était symboliquement important pour nous.

Le lancement de l’antenne a été l’occasion de présenter l’association, le comité et la ligne d’Osez le féminisme que nous suivons en tant qu’antenne. Nous adhérons à la charte des valeurs d’Osez le féminisme et portons les mêmes valeurs et le même projet : élever le niveau de féminisme dans la société.

L’action anti-masculiniste du collectif féministe «Les Pires et associé-e-s»

Au début du mois d’octobre, le collectif féministe «Les Pires et associé-e-s» a mené une action anti-masculiniste à Lausanne.

Le mardi 14 octobre 2014, Le Courrier a publié un article rédigé par ce collectif suite à leur action anti-masculiniste. Nous retransmettons ci-dessous cet article :

« Une idéologie hostile à l’émancipation des femmes

MARDI 14 OCTOBRE 2014

SOCIÉTÉ • Le collectif féministe «Les Pires et associé-e-s» revient sur une récente action menée à Lausanne contre le masculinisme.

Dans le cadre de la «formation en psycho-sexologie appliquée» donnée par Yvon Dallaire et Iv Psalti, à Lausanne, les 9 et 10 octobre 2014, notre collectif militant féministe a interrompu la séance, pour signifier son désaccord avec l’idéologie masculiniste des formateurs, en scandant des slogans et distribuant un tract, dont une partie du contenu est reproduit ci-dessous.

Masculinistes, hoministes, no pasaran! Le contenu de cette formation, qui se présente comme «une thérapie de la troisième vague» fait partie de l’offensive masculiniste. «Le masculinisme est une expression actuelle de la misogynie et de l’antiféminisme»1. Cette idéologie, appelée aussi «hominisme», est hostile à l’émancipation réelle des femmes et œuvre à la conservation des privilèges des hommes et à leurs positions de pouvoir au sein de la société.

Les courants masculinistes et hoministes se profilent sur la défense des «droits» des pères et autour de la constitution des réseaux d’hommes (groupes de paroles, groupes de soutien, associations «d’hommes battus» sous-entendu par les femmes, etc.). La création de tous ces groupes, accompagnée du discours sur les «droits» des pères ainsi que sur «le tabou des hommes battus» ne servent qu’à renforcer leur domination.

Quatre hommes, entre autres, ont un rôle important dans la diffusion de cette pensée en Suisse: Yvon Dallaire, John Goetelen, Guy Corneau et Hubert Van Gijseghem. Yvon Dallaire renforce la violence masculine en présentant les hommes comme le nouveau «sexe faible», niant ainsi les rapports de pouvoir et les inégalités structurelles de genre qui existent et se renforcent. Il ramène l’ensemble des violences découlant du patriarcat à des «conflits» interindividuels de couple et complémentaires.

Il semble urgent de rappeler que: la violence «conjugale» n’est pas «une maladie d’amour» (contrairement à ce que propose la formation!), la violence «conjugale» n’est pas symétrique, la violence «conjugale» est masculine, la violence s’exerce dans un système de domination, le patriarcat.

Pour nier ces oppressions, la formation proposée par Yvon Dallaire (comme d’autres) s’appuie sur une idéologie naturaliste – renforcée aujourd’hui par la médiatisation de certaines études neuroscientifiques – qui prétend qu’il existe des natures féminine et masculine bien distinctes, dépendantes des chromosomes, des hormones et autres complexes prétendument neuro-bio-psycho-schismogenésique. L’utilisation du discours sur les différentes «natures» et leur complémentarité, centrale pour Dallaire, pérennise le système hétéro-sexiste. Il rend également symétriques les violences au sein du couple, ce qui permet d’évacuer la question de la prévalence des violences masculines.

Cette forme d’antiféminisme est déjà bien présente dans les institutions et dans certaines associations en Suisse romande. Par exemple le Foyer Le Pertuis à Genève, sous l’impulsion de David Bourgoz, délégué aux violences domestiques dans la même ville, accueille simultanément des agresseurs et des femmes victimes de violence afin de «rompre le cycle des violences interpersonnelles» et parce qu’il y a de «l’humanité et de la souffrance chez tous [sic]»2.

L’association Pharos, créée par Serge Guignot, thérapeute du couple et de la famille, également coresponsable avec la directrice de Solidarité Femmes Genève, du module «Violences domestiques» à la Haute école de travail social, et chargé d’enseignement dans la même institution, vient en soutien aux hommes victimes de violences conjugales. A ce propos, il estime que «l’Homme en est actuellement où en était la Femme il y a trente ans» et que «les violences conjugales sont souvent physiques et psychologiques, mais elles peuvent aussi être sexuelles, en forçant un rapport ou en l’empêchant»3.

L’association Jason (merci la mythologie), groupe d’entraide pour hommes victimes de violences à Lausanne, veut lever «le tabou entourant les souffrances de certains hommes» avec le soutien de bénévolat Vaud (dont le contributeur essentiel est le canton). Cette association affiche clairement son adhésion au discours masculiniste et se garde bien de relever que les hommes violentés le sont essentiellement par d’autres hommes.

Quant à John Goetelen, qui fait partie du même «Réseau hommes» qu’Yvon Dallaire, il intervient régulièrement dans la Tribune de Genève pour exposer ses propos haineux envers les femmes.

Les théories d’Yvon Dallaire et sa «formation en Psycho-Sexologie Appliquée» ne sont pas des faits isolés. Ceci montre clairement qu’il existe aujourd’hui un retour de bâton contre les femmes qui se situe plus largement dans l’air du temps réactionnaire (néolibéral, antisocial, raciste, etc.)4.

Nous combattons cette offensive et continuons la lutte contre le patriarcat.

NO PASARAN !!! »

  1. Collectif Stop Masculinisme, Contre le masculinisme. Guide d’auto-défense intellectuelle, Lyon: Bambule, 2013, p. 16.
  2. Martine Miquel, Sybille Gallandat Crevoiserat, «Entre violences subies et violences agies» in: Revue Reiso, 10 juillet 2014.
  3. Shayma Gabr, «Violences conjugales: les hommes peuvent aussi être victimes», Tribune de Genève, 27 août 2010, nous soulignons.
  4. Collectif Stop Masculinisme, Contre le masculinisme. Guide d’auto-défense intellectuelle, op. cit. p. 17.

Suite à l’action anti-masculiniste du Collectif « Les pires et associé-e-s », Francis Dupuis-Déri, grand spécialiste québécois (avec Mélissa Blais) du mouvement masculiniste, a écrit un article très intéressant sur Yvon Dallaire : Yvon Dallaire : psychologie, sexisme et antiféminisme . Nous vous le recommandons.

Melissa Blais Francis Dupuis-Déri

Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri

Enfin, ci-dessous, vous trouverez un extrait du documentaire « La domination masculine » dans lequel Yvon Dallaire s’exprime (il est le dernier à parler). Ce documentaire de Patric Jean est une véritable immersion chez les masculinistes québécois. Ces hommes y expriment ouvertement leurs idées antiféministes.

Lancement d’une campagne abolitionniste internationale

Une nouvelle campagne abolitionniste internationale vient d’être lancée par des survivantes de la prostitution et des féministes.

Traduction de la présentation de la campagne sur le site :

« Abolish Prostitution Now! est une campagne internationale dont le but est d’éliminer les dommages de la prostitution en éliminant la pratique elle-même. Nous sommes un groupe de travail de femmes, dont des survivantes de la prostitution, qui considèrent que la prostitution est une violence envers les femmes et que sa pratique n’a pas de place dans un monde libéré de l’oppression et de l’exploitation »

Voici le site de cette action :
http://abolishprostitutionnow.wordpress.com/

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Mot-clic (hashtag) sur Twitter : #abolishprostitutionnow

Page Facebook: https://www.facebook.com/abolishprostitutionnow?fref=ts

Kathleen Barry, une des militantes féministes à l’origine de cette campagne, a rédigé une lettre ouverte à l’attention des Nations-Unies. La voici :

« L’Organisation des Nations Unies ferait-elle la promotion de la prostitution ?

Par Kathleen Barry.

Kathleen Barry est sociologue, militante féministe des droits humains et professeure émérite à l’Université d’Etat de Pennsylvanie. Elle est également l’auteure de nombreux ouvrages dont Female Sexual SlaveryProstitution of Sexuality et Unmaking War, Remaking Men. Pour plus d’informations, il est possible de consulter le site de l’auteure :  www.kathleenbarry.net .

Les faits: contradictions et conclusions.

S’il est de la compétence et de la responsabilité onusienne de faire respecter la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le 4 novembre 2013, ONUSIDA a fait part d’une directive préconisant la réglementation de la prostitution – alors considérée comme « travail du sexe » – dans les Etats nations.

En tant que défenseures féministes des droits humains et survivantes de la prostitution, nous sommes choquées et mécontentes d’une telle complaisance à l’égard du système prostitutionnel, puisqu’il est essentiellement le fait de proxénètes et de l’industrie du sexe générant des profits colossaux à l’échelle mondiale.

Clairement, la directive proposée par ONUSIDA viole son propre principe fondateur énoncé dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme à l’article premier: « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits (…). ». Par conséquent, en vertu de l’intégrité et des droits de la personne humaine, chaque être humain doit être protégé de la torture, des « peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » (article 5).

Aussi, pourquoi n’avons-nous pas entendu le secrétaire général Ban Ki Moon sur la question ? Ce silence vaut-il une ratification tacite des propositions d’ONUSIDA de la part de l’administration onusienne ?

Pourtant, il suffit de lire ou d’entendre les témoignages des femmes qui ont été achetées à des fins prostitutionnelles, pour comprendre que ce que les hommes – forts d’une légitimation pécuniaire de leurs actes – font subir aux femmes dans la prostitution relève de traitement « cruel, inhumain et dégradant ».

Peut-être serait-il nécessaire de préciser la réalité prostitutionnelle: les hommes paient pour éjaculer et uriner aux visages des femmes. Ils paient pour les humilier et porter atteinte à leur intégrité physique, sans aucune limite quant à leurs fantasmes et perversions sexuelles. Ils paient autant qu’il le faut pour ne pas mettre de préservatifs. Voilà ce qu’est la réalité quotidienne des femmes prostituées.

Comme le montre la psychologue Melissa Farley dans Study of prostitution customers (2011), les prostitueurs « déshumanisent et objectifient les femmes. Ils les traitent avec mépris et condescendance, sans empathie pour leur souffrance et l’argent leur procure un tel sentiment de supériorité, qu’ils prennent même grand plaisir à infliger eux-mêmes de la souffrance et à les avilir. ». Il s’agit là des principales raisons évoquées par les prostitueurs pour justifier l’achat des femmes prostituées (Melissa Farley, « The John Next Door », Newsweek, 18 juillet 2011).

Par ailleurs, si la psychologue montre que les dommages infligés aux femmes dans la prostitution ont des conséquences traumatiques, les séquelles vont bien au-delà encore. La prostitution est un avilissement et une destruction sans précédent de l’être humain.

Grâce à un mouvement féministe grandissant de survivantes de la prostitution partout dans le monde, et par les luttes féministes dans plusieurs pays ayant conduit à la pénalisation des prostitueurs, beaucoup de femmes prostituées peuvent enfin bénéficier de soutien pour leur permettre de sortir de la prostitution et reconstruire leurs vies. Mais force est de constater que faute d’une législation abolitionniste assez répandue et souvent à cause de traumas trop lourds, certaines n’ont pas la possibilité matérielle, ni émotionnelle de se reconstruire.

Pourquoi les medias ne relaient-ils pas ces informations ? Parce que la prostitution concerne le privilège des hommes d’acheter les femmes et d’en faire ce qu’ils veulent. Privilège fraternellement protégé ? Car il n’aura échappé à personne que les médias se délectent à diffuser des mythes lubriques autour de la traite des femmes et du proxénétisme.

A l’échelle internationale et locale, le proxénétisme est illégal. Une disposition si bienvenue et appropriée qu’elle est même soutenue par les lobbys en faveur de la règlementation de la prostitution. Car cette disposition réaffirme précisément le credo réglementariste selon lequel il y aurait une prostitution « forcée » et une prostitution « choisie ». Or, comme dans n’importe quelle forme d’esclavage, cette distinction est inopérante et n’a pas de sens.

En effet, dans plusieurs Etats, de nombreuses féministes ont travaillé pendant des décennies afin de rescinder le qualificatif « forcé » qui servait d’arbitre ultime pour donner à un acte son caractère criminel ou non. Ce fut le cas du viol conjugal ou du viol commis par une connaissance lors d’un rendez-vous (date rape). Ces lobbys réglementaristes, dont certains se réclament du féminisme, veulent de la même manière minimiser les dommages causés aux femmes dans la prostitution en mentionnant uniquement les méfaits du proxénétisme et de la traite.

En adoptant des mesures pénalisant les prostitueurs, les féministes suédoises, norvégiennes et islandaises ont en même temps attiré l’attention sur les préjudices causés aux femmes prostituées. Ces mesures ont permis l’émergence d’une conscience sociale et d’une compassion humanitaire à l’égard des victimes de la prostitution. Connu internationalement comme le modèle nordique (Cf Kathleen Berry, Abolishing prostitution, Women’s Media Center, 2012 – http://www.womensmediacenter.com/feature/entry/abolishing-prostitution-a-feminist-human-rights-treaty ), il préconise la pénalisation des « acheteurs » et met en place des programmes de sortie et de réinsertion sociale pour les femmes prostituées.

Des projets et propositions de loi similaires sont en train d’être débattues au Parlement en Belgique et en Irlande, et la proposition de loi abolitionniste vient d’être adoptée cette semaine à l’Assemblée Nationale française. De plus, le Lobby Européen des femmes (Women’s European Lobby) prévoit de porter le projet abolitionniste en délibération devant le Parlement européen pour un prochain vote (Cf.http://www.policyreview.co.uk/tackling-prostitution-and-sex-trafficking-through-eu-policies).

Le succès du modèle nordique se mesure par le fait qu’en Suède, l’application de la loi a donné lieu à une réduction de moitié de la prostitution de rue en 10 ans. Il est important de noter que le modèle nordique réprouve la prostitution dans son principe intrinsèque de déshumanisation, sans mettre exclusivement l’accent sur la traite des femmes et le proxénétisme pour justifier le bien-fondé de la loi.

Quoi qu’il en soit, considérant les modalités du marché mondial aujourd’hui, la traite sera largement endiguée là où les prostitueurs seront pénalisés pour l’achat de femmes prostituées. Car il va sans dire que cette mesure abolitionniste n’est pas rentable pour les proxénètes.

Toutefois, la résistance de la part de l’industrie du sexe, autant que de certains législateurs quant à la perte de ce marché mondial qui commercialise les femmes et qui génère des millions, les conduisent à mettre en avant des arguments extrêmes et extravagants pour tenter de passer légitimement à côté du modèle nordique. Le Danemark en est un exemple parfait. Contre les campagnes féministes en faveur du modèle nordique, le Danemark a finalement légiféré pour la pénalisation des prostitueurs seulement s’ils achètent des femmes issues de la traite. Mais la charge de la preuve revient aux femmes dans la prostitution. Or, par les conditions de subordination et d’exploitation des femmes prostituées issues de la traite, elles ne sont pas en mesure de porter plainte et de témoigner contre les prostitueurs. La loi est donc simplement figurative et n’a absolument aucune chance d’être effective.

En conséquence, la directive présentée par ONUSIDA aux Etats nations, si elle devait être adoptée, ne fera que mettre à mal le modèle nordique sans considérer le fonctionnement global du système prostitutionnel, et en lui offrant même un support légal. L’Organisation des Nations Unies ne fera ainsi qu’assurer aux hommes la disponibilité du corps des femmes qu’ils pourront acheter et utiliser à leur guise. Il s’agirait là d’un coup porté contre les courageuses survivantes de la prostitution qui ont dévoilé avec force leur expérience traumatique et la réalité du système prostitueur.

ONUSIDA, prétendant vouloir « améliorer la santé des travailleuses du sexe », admet néanmoins que « les travailleuses du sexe sont 13,5 fois plus sujettes au sida que les autres femmes dans la population » (Cf. UNAIDS/ Mon, Nov 4, 2013 at 9:20 AM Michel Sidibé) et de distribuer des préservatifs aux femmes pour qu’elles prennent elles-mêmes la responsabilité de faire mettre des préservatifs aux prostitueurs. Mais ONUSIDA oublie de mentionner que la majorité des prostitueurs refusent de mettre des préservatifs, et paient davantage pour ne pas en mettre. Ce qui montre à quel point les prostitueurs n’ont en effet que mépris pour les femmes dans la prostitution.

Loin de céder à la fatalité, les féministes construisent aujourd’hui une nouvelle approche des droits humains pour les femmes prostituées. C’est ce que nous allons tenter de montrer dans la seconde partie de cet exposé autour de notre stratégie d’actions.

– Traduction proposée par Virginia Pele.

La prostitution comme violation des droits humains.

Pour des actions féministes à l’échelle internationale.

Décembre 2013,

A mes sœurs féministes,

Cette lettre ouverte était censée être adressée aux survivantes de la prostitution, aux féministes et aux militant-e-s contre la traite des êtres humains, afin de leur dire que je suis de retour. Me voilà de nouveau en pleine santé- même s’il est vrai que l’âge tend à en avoir raison. Mais plus important encore, je suis prête à reprendre là où je m’étais arrêtée à la fin des années 1990, dans le combat pour faire reconnaître la prostitution comme violation universelle des droits humains, en tant que forme d’exploitation sexuelle et de violence contre les femmes.

A mon retour, je me suis trouvée face à une nouvelle génération de féministes radicales présente partout dans le monde, et qui – loin de prétendre concevoir une nouvelle tendance en débinant et mettant de côté le mouvement qui les a précédé- lisent nos travaux, nous accueillent volontiers dans leur militantisme, tout en faisant preuve de singularité et d’innovation dans leurs actions.

C’est avec bonheur que j’entrevois un futur pour le féminisme radical allant bien plus loin que les horizons que j’aurais pu imaginer. Les féministes radicales et les survivantes de la prostitution coopèrent ensemble vers un objectif commun : l’abolition de la prostitution.

L’abolition de la prostitution ! Avant même d’avoir pu finir d’écrire cette lettre, j’ai reçu la lettre d’ONUSIDA qui nous avertissait – les militant-e-s et les Etats-Nations-, qu’avec l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) et les Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), il comptait faire de l’Organisation des Nations Unies l’arène au sein de laquelle aurait lieu la promotion de la prostitution à l’échelle évidemment internationale. Il s’agissait clairement de mettre en difficulté l’approche abolitionniste du modèle suédois- lequel criminalise les prostitueurs – et ainsi de négliger l’expérience des survivantes de la prostitution, afin de mettre en place une législation essentiellement fondée sur la titularisation des dites ‘travailleuses du sexe’, légitimant par là-même le système prostitutionnel dans son ensemble.

Suite à cette nouvelle initiative de la part des organisations internationales, ma lettre fera dès lors office d’un APPEL URGENT POUR MENER UNE CAMPAGNE D’ACTION AUPRES DE L’ONU AFIN DE METTRE UN TERME A LA PROMOTION DE LA PROSTITUTION ET LA FAIRE RECONNAITRE COMME UNE VIOLATION DES DROITS HUMAINS.

Afin de poser les jalons d’une action internationale efficace que nous devons mener sans plus tarder, je voudrais mettre au clair quelques confusions qui tendent à compromettre l’approche abolitionniste du mouvement féministe et humaniste.

L’abolition de la traite des femmes

Il convient de garder à l’esprit que la traite des femmes n’est qu’un moyen parmi tant d’autres par lequel les femmes et les enfants également, finissent dans le système prostitutionnel. Il ne constitue pas le tout de ce système, mais il caractérise plutôt la manière dont les femmes et les enfants sont transporté-e-s de l’endroit où elles/ils ont étaient trouvé-e-s, à un autre endroit où elles sont prostituées.

Comment en sommes-nous alors arrivé-e-s à un point où les organisations non-gouvernementales mènent des campagnes sans concession contre la traite des femmes, mais pas contre la prostitution ? Certains limitent même leurs efforts pour mettre un terme aux trafics sexuels d’enfants, comme si la traite ne causait aucun dommage aux femmes adultes issues de la traite. Ou encore, d’autres focalisent leurs campagnes sur les adultes et les enfants du Tiers-Monde -en particulier ceux et celles vivant dans une pauvreté extrême puisqu’il s’agit de zones opportunes pour les trafiquants- mais oublient également que la traite des femmes existe dans leurs propres pays !

Imaginez une seule seconde l’énorme incongruité, si l’on punissait seulement ceux qui font trafic des êtres humains pour accomplir des besognes en esclaves, et que l’on fermait les yeux sur ceux qui les achètent pour s’en servir comme tels !

Une fois de plus, nous sommes confrontées à un non-sens similaire quand on cautionne des pratiques permettant aux hommes d’acheter des femmes pour s’en servir de réceptacles.

Cela n’est rien d’autre qu’une approche missionnaire fondée sur la pitié envers l’ “Autre” : « pauvres femmes et enfants du Thiers-Monde » laisse entendre la démarche de ces ONG, mais jamais ne font-elles preuve d’un engagement véritable pour les droits humains des femmes et des enfants des pays en développement.

Cette approche missionnaire de la part des ‘bienfaisants’ européens et américains consiste seulement à faire preuve d’une bienveillance paternaliste, qui n’est pas sans rappeler celle de Nicholas Kristoff du New York Times. En effet, ce-dernier avec l’aide d’une équipe télévisuelle, a enregistré ses ‘missions de sauvetages’ audacieuses pour sortir les enfants des bordels. Le pire avec ces missionnaires, c’est qu’ils croient toujours savoir le meilleur pour les pauvres et les malheureux. A l’instar des mouvements féministes et contre la traite des femmes, quand ces missionnaires contre la traite sexuelle laissent de côté la prostitution, ils laissent du même coup la voie libre aux lobbies règlementaristes.

L’universalité des droits humains des femmes

Or, les féministes ont toujours su de quoi il retournait véritablement. Nous savons que la subordination des femmes et la violation de leur intégrité est le fait du pouvoir et des privilèges des hommes et que cela ne renvoie à rien d’autre qu’une misogynie profonde.

Nous affirmons également que ce phénomène n’est limité à AUCUNE classe, AUCUNE ‘race’, AUCUN pays, AUCUN groupe d’individus particulier. Il y a des années qu’en tant que féministes, nous avons découvert que la discrimination, le viol, la précarité induite notamment par des maris et des pères qui ne paient pas leur pension, n’étaient pas le lot d’une catégorie spécifique de femmes. L’Etat, l’économie, la culture donnent lieu à quelques dissemblances dans l’expérience commune des femmes au sein du patriarcat, mais cela ne change rien au fait qu’une femme violée dans un parc à New York City, l’est autant qu’une femme violée au Congo.

A cet égard, de la même manière que les femmes partagent une expérience commune de la domination masculine, leurs droits humains en sont tout autant universels. Les droits humains ne peuvent faire l’objet de tergiversations, voire même être cessibles sous prétexte que l’on diviserait les êtres humains en deux groupes : celles qui subissent des dommages à cause de la prostitution dans notre cas, et celles qui en seraient indemnes.

C’est pour cela que j’ai choisi dans les années 1980, de centrer mon approche sur l’étude de la prostitution à l’échelle internationale, à travers le cadre que fournissait la Déclaration Universelle des droits de l’Homme (Prostitution and sexuality, 1995).

Les droits humains tels qu’ils sont formulés dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme, sont largement compatibles avec un féminisme à vocation internationale. Après quarante ans d’étude sur le sujet, j’en suis arrivée à la conclusion que la prostitution est une violation des droits humains :

La prostitution consiste en l’achat d’un être humain en vue d’utiliser son corps à des fins sexuelles. Dans ce cas, l’acte sexuel se réfère à tout ce que l’ « acheteur » peut avoir en tête, de la plus cruelle forme de violence, à la pratique pornographique la plus vile ou même à la simulation d’une rencontre affectueuse, voire amoureuse avec un être humain qui a ceci de plus avantageux qu’une poupée gonflable, qu’elle peut être forcée à réagir de la manière dont l’exige le prostitueur. Dans cette transaction, la femme prostituée n’est qu’un objet pour l’ « acheteur ». Dépourvue de toute humanité, il l’assimile volontiers à une marchandise au même titre que le nouveau pneu qu’il vient d’acheter pour sa voiture.

Aucun être humain ne devrait être traité-e de cette façon. Par suite, il est indéniable que la PROSTITUTION EST LA PIERRE ANGULAIRE DE LA SUBORDINATION DES FEMMES ET DES DISCRIMINATIONS QU’ELLES SUBISSENT A L’ECHELLE MONDIALE.

La prostitution : une atteinte aux droits humains des femmes

La prostitution constitue une exploitation sexuelle dont l’ « acheteur » est partie prenante. Elle est une réserve de force de travail qui permet aux politiques économiques de mettre les femmes qui cherchent du travail de côté et de ne pas les payer en conséquence.

La prostitution structure la famille : entre la mère et la ‘putain’, elle monte les femmes les unes contre les autres d’une manière qui maintient la suprématie masculine au sein de la famille, dans la rue et au bordel. La liste est encore interminable, comme le sont les rouages de la domination et du patriarcat. En tout état de cause, la prostitution est fondée par la subordination des femmes en tant que classe. Dès lors, ce qui touche les femmes dans la prostitution, touche toutes les femmes.

A partir de là, reconnaître la prostitution comme une violation universelle des droits humains réaffirme le droit à la dignité de chacune d’entre nous, que la prostitution soit ‘choisie’ ou non, qu’elle soit le fait de la traite, du proxénétisme ou imposée d’un acte ‘volontaire’.

Avant de clore cet appel, je voudrais rappeler que j’ai travaillé avec l’UNESCO dès janvier 1994, à l’adoption d’un traité féministe des droits humains intitulé Convention contre l’Exploitation Sexuelle (Cf Annexe In Prostitution of sexuality, 1995). La prostitution y était explicitement reconnue comme une exploitation sexuelle et acte de dénigrement à l’encontre des droits humains :

L’exploitation sexuelle est une pratique par laquelle une (des) personne(s) obtient satisfaction d’ordre sexuel ou en tirent des gains financiers, par la négation du droit de la personne -alors abusée et utilisée à des fins sexuelles- à la dignité, l’égalité, l’autonomie et l’intégrité physique et morale.

Voilà donc où je m’étais arrêtée dans les années 1990. Il s’agit d’un début pour penser la prostitution comme une violation des droits humains, et pour enfin briser les mythes patriarcaux entre la mère et la ‘putain’ qui perdurent. Il est temps de prendre en compte les dommages causés aux femmes dans la prostitution et de leur permettre réparations et alternatives. Cela ne peut se faire qu’à travers une loi abolitionniste en adéquation quant à elle avec les droits de la personne humaine, qui pénalise les prostitueurs et qui doit être appliquée dans chaque Etat.

Kathleen Barry.

www.kathleenbarry.net

ALERTE!

APPEL A AGIR.

A la suite des initiatives induites par les organisations internationales des Nations Unies pour promouvoir le système prostitutionnel, nous demandons au secrétaire général des Nations Unies de mettre en place une Convention onusienne qui pose la prostitution comme une violation des droits humains.

Veuillez s’il vous plaît pour soutenir cette cause, adresser un email à cet égard au Secrétaire Général des Nations Unies, ainsi qu’au Haut-commissaire des droits de l’Homme et à la direction d’ONU Femmes (coordonnées en fin de document), afin de leur signifier clairement que la normalisation de la prostitution via la règlementation, revient à banaliser la violence contre les femmes, et qu’à ce titre, nous exigeons une nouvelle législation abolitionniste de la part de l’ONU.

Coordonnées :

United Nations Secretary General, Ban Ki-Moon

Phone: 1-212-963-1234, FAX 1-212-963-7055

A transférer à :

Chief Navi Pellay, United Nations High Commissioner of Human Rights

Email: InfoDesk@ohchr.org

 Executive Director of UN Women is Phumzile Mlambo-Ngcuka,

Tel: +1 646 781-4400, FAX: +1 646 781-4444

– Traduction proposée par Virginia Pele. »

Source : http://abolishprostitutionnow.wordpress.com/un-open-letter/francais/