Participation d’Osez le féminisme Suisse au « Rassemblement contre les violences faites aux femmes »

A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, Osez le féminisme Suisse a participé au « Rassemblement contre les violences faites aux femmes » qui a eu lieu le samedi 25 novembre 2017 à Genève.

Voici deux reportages TV qui ont été réalisés à l’occasion de cette journée et de ce rassemblement, l’un par la RTS (le 19h30) et l’autre par WebTV Genève :

RTS – Le journal de 19h30 du samedi 25 novembre 2017 (le reportage commence à 4’19)

Capture issue du reportage de la RTS

WebTV Genève – Les femmes dans la rue contre les violences sexistes

Anouchka Kuhni, présidente d’Osez le féminisme Suisse

Capture issue du reportage de WebTV Genève

Lors de ce rassemblement, notre présidente, Anouchka Kuhni, a eu l’occasion de s’exprimer sur la situation des violences faites aux femmes en Suisse.

Nous transmettons ici l’intégralité de son intervention :

« Les violences faites aux femmes et aux filles sont fréquemment occultées et minimisées en Suisse, ce qui a pour conséquence de faire penser que la situation est idyllique. Or, il n’en est rien.

Il est important de rappeler que la Suisse n’a toujours pas ratifié la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe (lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique) et que cette convention n’est toujours pas entrée en vigueur en Suisse, ce qui signifie que la Suisse ne satisfait probablement pas encore aux exigences pour l’instant. Par exemple, la Convention est déjà entrée en vigueur en France (2014), en Turquie, en Pologne, au Portugal, en Roumanie, en Serbie, en Slovénie, à Malte, au Monténégro, en Géorgie, en Bosnie-Herzégovine, en Estonie, en Albanie, etc. Cela pose question pour la Suisse.

La Suisse avait déjà mis du temps à satisfaire aux conditions de la Convention de Lanzarote (protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels), notamment elle a mis beaucoup de temps à pénaliser la prostitution des mineures de 16 à 18 ans (très majoritairement des filles). La Suisse était un des rares pays où la prostitution des mineures de 16 à 18 ans était légale. La prostitution des mineures a été pénalisée le jour-même de l’entrée en vigueur de la Convention de Lanzarote en Suisse, le 1er juillet 2014.

Les violences conjugales ont augmenté de 2% en 2016 en Suisse. Nous avions analysé précisément les chiffres des violences conjugales de 2015 et avions constaté que le taux de féminicides conjugaux (femmes tuées par leur partenaire ou ex) était plus important en Suisse (2,64/mio d‘habitant) qu’en France (1,83/mio d’habitant).

Concernant les violences sexuelles, il y a encore un grand travail à faire, notamment pour les viols. La définition du viol en Suisse est une des plus restrictives au monde, ce qui a pour conséquence que de nombreux viols ne sont pas reconnus comme tels.

De plus, les peines prononcées pour les viols sont très légères en Suisse : souvent de simples peines pécuniaires (amendes) ou sursis.

Par comparaison, les infractions de la route sont punies plus sévèrement que les viols, car les peines prononcées sont souvent de la prison ferme.

Les violences économiques envers les femmes sont aussi très importantes en Suisse, par exemple au niveau professionnel. En effet, les inégalités professionnelles ont augmenté en Suisse selon le Forum Economique Mondial, la Suisse a régressé du 11ème au  21ème rang dans l’indice du Forum Economique Mondial. Donc les inégalités sur tous les plans : accès aux postes à responsabilité, accès aux emplois à temps complets, accès aux conseils d’administration des entreprises. Et au niveau des salaires, ce que l’on constate depuis des années, c’est que les inégalités salariales sont présentes de façon inexpliquée dès le début de la carrière des femmes, à compétences et formation égale avec les hommes. Ces inégalités sont donc clairement des discriminations basées sur le sexe. Pour rappel, l’écart salarial est très important en Suisse. Par exemple, en 2015, on trouvait des écarts de 21,5% jusqu’à 34 % selon les domaines d’activité, ce qui est énorme, notamment par rapport à d’autres pays.

Pour finir, j’aborderai encore la question du traitement médiatique des violences faites aux femmes en Suisse. La façon dont les médias suisses relatent les affaires de violences conjugales, et particulièrement les féminicides, est très problématique, car elle contribue à occulter et minimiser les violences faites aux femmes en Suisse.

Les titres des articles sont souvent choquants car ils invisibilisent totalement le meurtrier. C’est comme si une personne extérieure avait tué la femme ou comme si un malheur indéfini s’était abattu sur elle.

De plus, ces articles blâment encore trop souvent la victime.

En effet, il y a la plupart du temps une inversion de la responsabilité, la femme tuée étant rendue responsable du fait d’avoir été tuée. C’est parce qu’elle a voulu quitter le meurtrier qu’il l’a tuée. Et le meurtrier est souvent présenté très positivement : c’était un homme formidable et l’amour serait à l’origine de son geste.

Le traitement médiatique suisse des violences faites aux femmes n’est pas anodin et a des conséquences dramatiques pour les femmes.

En effet, en occultant l’ampleur des violences envers les femmes (notamment les féminicides), les médias empêchent la prise de conscience sociétale nécessaire pour qu’il y ait une réelle protection des femmes et des sanctions plus lourdes contre les auteurs de violences. »

Voici encore quelques images du rassemblement.

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