Le taux de féminicides dans le cadre de violences conjugales est plus élevé en Suisse qu’en France

A l’occasion du 25 novembre 2016, Journée internationale pour l’élimination de la violence envers les femmes, Osez le féminisme Suisse a sensibilisé aux violences faites aux femmes en dénonçant le taux important de féminicides dans le cadre de violences conjugales en Suisse.

En effet, alors qu’on imagine que la condition des femmes est meilleure en Suisse qu’ailleurs en Europe, en étudiant les chiffres de près, on constate que le taux de féminicides dans le cadre de violences conjugales est plus élevé en Suisse qu’en France.

Si on l’applique à la France le taux suisse de féminicides par (ex)-conjoint, on obtient 176 féminicides pour 2015 (2,64 x 66’627’602 millions).

Donc si la France avait un taux de féminicides aussi élevé qu’en Suisse,en 2015, il y aurait eu 54 féminicides de plus (122 + 54 = 176), sachant qu’il y a eu 122 féminicides par (ex)-conjoint en 2015 en France.

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Voici le détail des chiffres :

En Suisse, en 2015, 22 femmes ont été tuées dans le cadre de violences conjugales (soit environ 1 féminicide tous les 15 jours).

Sur une population de 8’327’100 millions d’habitants (population au 1er janvier 2016), cela correspond à 2,64 féminicides par million d’habitants.

Source des chiffres : « La violence domestique en chiffres au niveau national »

Pour comparaison, voici les chiffres des féminicides dans le cadre de violences conjugales en France.

En 2015, en France, 122 femmes ont été tuées dans le cadre de violences conjugales (soit environ 1 féminicide tous les 2 jours et demi).

Sur une population de 66’627’602 millions d’habitants (population au 1er janvier 2016), cela correspond à 1,83 féminicides par million d’habitants.

Source des chiffres : http://stop-violences-femmes.gouv.fr/Les-morts-violentes-au-sein-du.html

Ces chiffres montrent que dans le cadre de la violence conjugale, il y a bien plus de féminicides par habitants en Suisse qu’en France.

Et d’ailleurs, il est intéressant de noter que la Suisse n’a toujours pas ratifié la Convention d’Istanbul (Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique), notamment parce qu’elle ne satisfait pas aux exigences en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.

—-

D’autre part, nous avons fait un décryptage féministe du rapport annuel contenant les chiffres des violences conjugales en Suisse, en 2015. (1)

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Ce qui ressort de la lecture de ce rapport, c’est qu’en Suisse, les chiffres donnent l’impression de vouloir cacher la gravité des violences patriarcales. Dans ce rapport, rien n’est exprimé clairement. Il faut déduire par soi-même en calculant et en raisonnant combien il y a de femmes et d’hommes tués et que ces chiffres comprennent  également des enfants tués. La plupart du temps, les chiffres sont exprimés en pourcentages, au lieu de donner le nombre précis de femmes, d’enfants et d’hommes tués. Et lorsque l’on fait les calculs avec les pourcentages pour retrouver le nombre de personnes que cela concerne, le résultat n’est jamais un chiffre entier (donc des personnes fractionnées). Cette façon d’exprimer le nombre de victimes en pourcentages est particulièrement violente, car elle déshumanise les victimes qui ne sont plus que des pourcentages.

Par exemple, dans ce rapport, on nous dit qu’il y a 36 personnes tuées dans le cadre de violences conjugales et que 61 % sont des femmes.  On en conclut donc immédiatement que les 39% restants sont des hommes, ce qui donne l’impression perverse qu’il y a beaucoup d’hommes victimes. Mais plus loin dans la phrase, l’on apprend que 78% des personnes tuées sont des adultes. On comprend alors que parmi ces 36 personnes tuées, il y a des enfants. Ensuite, pour trouver le pourcentage d’hommes tués, il faut faire le calcul de 78% (d’adultes) – 61 % (de femmes). Et pour trouver le pourcentage d’enfants tués, il faut faire le calcul de 100 % (les 36 personnes tuées) – 78 % (d’adultes). Puis il faut les convertir ces pourcentages en nombre de personnes à partir du total des 36 personnes tuées.

Voici le résultat de ces calculs. En 2015, 36 personnes ont été tuées dans le cadre de violences conjugales, dont :

  • 22 femmes tuées (61% de 36 = 21,96 femmes)
  • 8 enfants tués (22% de 36 = 7,92 enfants )
  • 6 hommes tués (17% de 36 = 6,12 hommes)

Plus loin, on apprend que ce sont 32 personnes qui ont tué ces 36 personnes et que parmi ces 32 agresseurs, il y a 72% d’hommes. Il faut donc à nouveau calculer 72 % de 32 agresseurs, pour trouver le nombre d’hommes agresseurs, ce qui donne 23 hommes agresseurs. En prenant le nombre total des agresseurs (32) et en soustrayant les hommes agresseurs (23), on trouve alors qu’il y a 9 femmes parmi les agresseurs. Pour ces 9 femmes, nous ne savons bien-sûr pas combien d’entre elles étaient elles-mêmes victimes de violences conjugales et ont fini par tuer leur bourreau, comme Alexandra Lange et Jacqueline Sauvage.

D’autre part, en ce qui concerne les hommes tués, ce rapport ne dit pas qui les a tués : des hommes ? Des femmes ? Le rapport ne précise pas non plus qui a tué les enfants : des hommes ? Des femmes ?

Plus loin dans ce rapport, on trouve une quantité de chiffres divers et variés qui ne concernent pas les violences conjugales, tant et si bien qu’il ne ressort plus que, dans les violences conjugales, ce sont les femmes les principales victimes et les hommes les principaux agresseurs. Par exemple, on trouve tout d’un coup le nombre de tous les types d’homicides en Suisse entre 2000 et 2004 (!) et l’on nous dit que 40% des victimes sont des femmes et que 60% sont des hommes. A la lecture de ces chiffres, on se dit aussitôt : ah, mais il y a plus d’hommes tués que de femmes tuées. Donc, inconsciemment, à notre insu, on va intégrer qu’il y a plus d’hommes que de femmes victimes.

Et d’ailleurs, ce rapport sur les violences conjugales se termine magistralement  sur les hommes victimes de violences conjugales (!), avec l’idée qu’il y aurait des lacunes dans leur prise en charge et un risque de stigmatisation pour ceux qui viennent chercher de l’aide. La chute de ce rapport sur les violences conjugales montre bien l’idéologie patriarcale qui le sous-tend dans son intégralité.

(1) Lien sur le rapport  « La violence domestique en chiffres au niveau national »

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