Transcription d’une interview de Patric Jean à propos des sexboxes de Zürich

Cet article retransmet la transcription intégrale de l’Interview de Patric Jean, porte-parole de ZéroMacho, sur France Inter (émission Grand Angle du lundi 26 août 2013) :

France Inter – Grand Angle – Emission du lundi 26 août 2013

Transcription intégrale de l’interview :

Charline Vanhoenacker : « Notre invité, Eric, ce matin, c’est Patric Jean.

Eric Delvaux : Oui, porte-parole du réseau ZéroMacho pour abolir la prostitution en France, vous êtes également réalisateur. Alors que s’ouvrent aujourd’hui à Zürich en Suisse les premières sex-boxes, on dit aussi sex-drives, où le client vient chercher une prostituée sans sortir de sa voiture. Bonjour, Patric Jean !

Patric Jean : Bonjour !

Eric Delvaux : D’abord, pour qu’on comprenne bien de quoi il s’agit, comment définir ce concept de sex-drive ?

Patric Jean : Oh, c’est très simple, c’est comme quand vous allez avec votre voiture acheter un hamburger. C’est un drive-in. A part que là, dans un petit box dans lequel vous garez votre véhicule, au lieu de recevoir un hamburger, vous recevez une femme qui est forcée de vous faire une fellation ou autre chose du même style.

Eric Delvaux : Alors, c’est justement cette dernière tendance marchandisation du corps en 2013. Selon vous, qu’est-ce que ça dit de notre société ?

Patric Jean : Je pense que c’est un des avatars de ce capitalisme délirant où tout est possible, où tout est permis, où l’on voit que H&M délocalise sa production en Asie du Sud-Est ou en Ethiopie pour aller chercher des esclaves moins chers, où partout en Europe la prostitution explose. Il faut savoir qu’aujourd’hui, ça représente 5% du PIB des Pays-Bas, 10% de la Thaïlande. C’est le cynisme du capitalisme dans toute sa caricature et sa violence évidemment.

Eric Delvaux : Mais, finalement, en quoi ces sex-drives seraient-ils plus choquants que d’autres regroupements de prostituées, que ce soit derrière des vitrines à Amsterdam ou dans des baraquements à Anvers ?

Patric Jean : C’est tout aussi choquant. La prostitution, le fait qu’une femme soit forcée de louer son anus, son vagin ou sa bouche pour que les hommes puissent y prendre du plaisir, ça me choque dans tous les cas, évidemment. Là, évidemment, ce qui est surprenant, ce qui est choquant … ça existait déjà aux Pays-Bas, ces drive-in, eh bien, c’est que c’est une manière officielle, c’est légalisé, c’est l’Etat qui reconnaît la possibilité qu’on puisse louer des femmes pour son plaisir. C’est d’une violence inouïe évidemment, et qui est encore une fois légalisée, qui est officielle. C’est pas un truc qui se fait … c’est pas une mafia qui l’organise dans un coin. »

Eric Delvaux : Mais si c’est légalisé justement, c’est parce, les autorités suisses le disent,  elles disent qu’avec ces sex-drives elles veulent mieux encadrer le secteur, comme mieux le sécuriser. L’argument est connu, que vaut-il dans le fond ?

Patric Jean : Rien du tout, on sait très bien que dans les bordels des Pays-Bas, d’Allemagne ou d’Espagne, c’est l’enfer, les femmes qui en sortent et qui témoignent, racontent simplement l’enfer, la torture, la violence, la brutalité extrême et évidemment un certain nombre de femmes qui sont là absolument contre leur volonté physique, je ne parle pas de leur volonté psychologique, physique, elles sont là forcées avec un chantage qui est exercé sur leur famille et leurs enfants au pays.

Eric Delvaux : Cela dit, dans une tribune dans le Nouvel Observateur, des femmes comme Elisabeth Badinter ou Régine Desforges vont répondre que finalement la prostitution, quand elle est encadrée, elle serait aussi pour chaque femme le droit de pouvoir disposer de son corps.

Patric Jean : Oui, bien-sûr, pour un certain nombre de grandes bourgeoises, de grandes héritières, il n’est choquant d’imaginer que des femmes de la plèbe puissent aller louer leur vagin ou leur anus.

Eric Delvaux : La prostitution sans danger, ça n’existe pas ?

Patric Jean : Mais la prostitution en soi est un danger. Imaginez, de sucer 30 préservatifs par jour. Pour moi, c’est d’une violence extrême. Si ça, c’est pas de la torture, qu’est-ce que c’est ?

Eric Delvaux : Et comment expliquer une telle différence de législation en Europe, selon qu’on est en Suisse, en Belgique, à Amsterdam ou en France ?

Patric Jean : Ecoutez, aujourd’hui, c’est l’explosion de la prostitution partout, avec des sociétés qui sont cotées en bourse. Encore une fois, c’est … moi j’y vois deux choses. D’une part le capitalisme le plus cynique. D’autre part, le fait que nous sommes dans une société où petit-à-petit, bon an mal an, même si c’est trop lent, l’égalité entre les femmes et les hommes.  Il y a le dépôt de la loi Belkacem dans quelques jours qui va dans un sens … on voudrait toujours plus, mieux, plus vite, mais ça va quand-même dans le bon sens. On sent qu’on va un peu vers l’égalité. On a des femmes qui sont ministres, les femmes sont plus diplômées que les hommes. Et il y a, dans cette société, une peur … une peur, évidemment chez nous les hommes, même chez certains, nous, qui ne sommes pas des consommateurs de la prostitution. Le sentiment que la prostitution, symboliquement, ça ramène du pouvoir aux hommes, c’est l’idée qu’on vit dans une société où au coin de la rue on puisse louer une femme, louer le sexe d’une femme. Eh bien, ça retombe sur l’ensemble des rapports entre les femmes les hommes et pas dans un sens égalitaire, évidemment.

Eric Delvaux : En France, la loi pénalise pour l’instant le racolage passif des prostituées.

Patric Jean : Non, pas du tout.

Eric Delvaux : Peut-être pas dans les faits, mais dans la loi, oui … la loi Sarkozy …

Patric Jean : Dans la loi, c’est la pénalisation du racolage tout court. C’est-à-dire qu’on l’a toujours interprété comme ça, parce qu’on considère que la criminelle, c’est la prostituée. Mais, en réalité, la loi ne dit pas racolage passif. La loi dit racolage. On pourrait punir des clients au nom de cette loi-là. Ça n’a jamais été fait ! On a même emprisonné une jeune femme prostituée pour cette raison-là. Jamais aucun homme n’a été inquiété. Ça veut dire qu’on vit toujours dans une société où les femmes prostituées sont des femmes qui sont sacrifiées, qui sont le bas du bas du bas de l’échelle et évidemment ça retombe sur l’ensemble des rapports entre les femmes et les hommes, et encore une fois pas dans un sens égalitaire.

Eric Delvaux : Et c’est pour ça donc que vous militez pour la pénalisation du client et non plus de la prostituée. Merci, Patric Jean, porte-parole du réseau ZéroMacho.

Charline Vanhoenacker : Et donc, l’information, c’est l’ouverture aujourd’hui, à Zürich, des sex-drives, une sorte de supermarché de la prostitution. Et donc la polémique est loin d’être refermée. »

patric jean copie

Patric Jean, porte-parole de ZéroMacho

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